En bref

  • Délai de déclaration : 5 jours ouvrés à compter de la connaissance du sinistre (art. L113-2 Code des assurances), par lettre recommandée avec AR à l'assureur Dommage-Ouvrage.
  • La DO préfinance : l'assureur Dommage-Ouvrage paye les travaux sans attendre que les responsabilités soient établies (art. L242-1).
  • Expertise contradictoire : l'assureur mandate un expert sous 60 jours. Le constructeur peut désigner son propre expert.
  • Prescription décennale : 10 ans à compter de la réception (art. 1792-4-1). Action contre l'assureur prescrite par 2 ans (art. L114-1).
  • Recours en cas de refus : médiation de l'assurance, BCT (Bureau central de tarification) ou contentieux civil devant le TJ.

5 étapes de la procédure de sinistre décennale

La procédure type s'étale sur 3 à 18 mois selon la complexité du dossier et la qualité du rapport d'expertise. Voici les cinq grandes étapes que vous traverserez en tant que constructeur mis en cause — ou en tant que maître d'ouvrage qui réclame.

Étape 1 — Déclaration du sinistre (jour 0 à jour 5)

Dès la découverte du désordre, le maître d'ouvrage adresse une lettre recommandée avec AR à son assureur Dommage-Ouvrage. Le délai légal de l'article L113-2 du Code des assurances est de 5 jours ouvrés. Au-delà, l'assureur peut opposer la déchéance s'il prouve un préjudice (rare en pratique pour la décennale, mais ne tentez pas le diable).

En parallèle, le maître d'ouvrage informe le ou les constructeurs concernés. Vous, en tant qu'artisan, devez immédiatement déclarer à votre propre assureur décennale dès réception de cette mise en cause — même si vous estimez ne pas être responsable. Le délai de 5 jours court à partir de la connaissance que vous êtes mis en cause.

Étape 2 — Désignation de l'expert (jour 5 à jour 60)

L'assureur DO dispose de 60 jours à compter de la déclaration pour notifier sa position : refus de prise en charge ou désignation d'un expert. Dans la grande majorité des dossiers, un expert est désigné. Vous (ou votre assureur décennale) êtes convoqué à la première réunion d'expertise sur place.

Conseil pratique : ne ratez jamais cette première réunion. C'est là que sont posées les bases du rapport, photographiés les désordres, listés les intervenants. Si vous êtes absent, le rapport vous sera opposable mais vous aurez perdu l'occasion de présenter votre version.

Étape 3 — Rapport d'expertise et offre d'indemnisation (jour 60 à jour 150)

L'expert remet son rapport préliminaire (parfois appelé "note technique") puis son rapport définitif. Il y précise :

  • la nature des désordres et leur caractère décennal (ou non) ;
  • les causes et les responsabilités (ventilation entre intervenants) ;
  • la nature et le coût des travaux de reprise ;
  • les éventuelles dommages immatériels consécutifs (perte d'exploitation, frais de relogement).

L'assureur DO doit faire son offre d'indemnisation dans les 90 jours suivant l'acceptation de la prise en charge. Cette offre couvre les travaux nécessaires à la réparation du dommage, dans la limite du contrat (généralement le coût de reconstruction).

Étape 4 — Réalisation des travaux et règlement (jour 150 à jour 365)

Une fois l'offre acceptée, le maître d'ouvrage fait réaliser les travaux. La DO règle directement les entreprises ou rembourse sur factures. Si l'expertise a établi la responsabilité d'un constructeur, l'assureur DO se retourne contre l'assureur décennale du fautif par voie de subrogation (art. L121-12 Code des assurances) — c'est invisible pour le maître d'ouvrage, qui a déjà été indemnisé.

Étape 5 — Clôture et solde (jour 365 et au-delà)

Le dossier est clôturé par un protocole transactionnel entre les parties, ou par décision de justice si désaccord. Vérifiez bien que le solde inclut les éventuels dommages immatériels consécutifs (DIC), souvent oubliés. La franchise reste à votre charge si vous êtes le constructeur fautif (en moyenne 1 500 à 5 000 € selon les contrats artisans).

Une fissure traversante chez l'un de vos clients ?

Avant même que le maître d'ouvrage ne déclare, vérifiez que votre décennale est en cours de validité pour l'année d'ouverture du chantier (date de DROC). Si votre attestation est trop ancienne ou ne couvre pas l'activité concernée, l'assureur peut refuser le sinistre. Comparez les offres adaptées à votre métier en 2 minutes.

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Documents à fournir lors de la déclaration

Plus votre déclaration est complète, plus la procédure sera fluide. Préparez les pièces suivantes avant d'envoyer la lettre recommandée à l'assureur :

  • Procès-verbal de réception : pièce maîtresse, c'est lui qui fait courir le délai décennal. Daté et signé par le maître d'ouvrage.
  • Photos datées des désordres : vues d'ensemble + détails. L'horodatage EXIF du smartphone fait foi.
  • Devis et factures des travaux d'origine, pour identifier les entreprises intervenantes.
  • Attestations d'assurance décennale des constructeurs, telles que remises avant le démarrage du chantier (cf. guide attestation décennale).
  • Contrat Dommage-Ouvrage du maître d'ouvrage (cf. DO et décennale).
  • Lettres et e-mails échangés avec les constructeurs au moment du chantier (réserves, modifications, comptes-rendus).
  • DOE (Dossier des Ouvrages Exécutés) si disponible : plans d'exécution, fiches techniques, notes de calcul.
  • Devis d'une entreprise tierce pour chiffrer la reprise (utile pour orienter l'expertise).

Conservez systématiquement une copie numérique de chaque pièce, et gardez les originaux (notamment le PV de réception) au minimum 10 ans après la réception.

Cas concrets chiffrés

Trois exemples réels de sinistres décennale traités sur la dernière période, avec montants d'indemnisation et délais constatés. Les montants varient selon la région, les normes en vigueur et l'ampleur des reprises, mais ils donnent un ordre de grandeur réaliste pour mai 2026.

Cas 1 — Fissure traversante sur mur porteur (~28 000 €)

Maison individuelle livrée en 2022 dans le sud-ouest. Fissure verticale traversante apparue en façade ouest à 3 ans, due à un défaut de fondations sur sol argileux mal reconnu. Désordre relevant clairement de la décennale (solidité compromise).

  • Travaux retenus : reprise en sous-œuvre par micropieux, reprise de la maçonnerie, ravalement complet de la façade.
  • Coût total : 28 400 € TTC.
  • Délai : 11 mois entre la déclaration et le règlement final.
  • Responsabilité : 80 % maçon, 20 % BET (étude de sol insuffisante).
  • Franchise à charge du maçon : 2 500 €.

Cas 2 — Infiltration toiture sur immeuble collectif (~12 000 €)

Petit collectif R+2 livré en 2023. Infiltrations dans les combles aménagés à 18 mois, dues à un défaut de pose de l'écran sous-toiture sur 30 m². Désordre rendant l'ouvrage impropre à sa destination (humidité chronique, moisissures).

  • Travaux retenus : dépose partielle de la couverture, pose d'un écran HPV neuf, reprise des plafonds intérieurs et peinture.
  • Coût total : 11 800 € TTC.
  • Délai : 7 mois.
  • Responsabilité : 100 % couvreur.
  • Franchise à charge du couvreur : 1 500 €.

Cas 3 — Défaut d'étanchéité piscine maçonnée (~45 000 €)

Piscine enterrée 8×4 m construite en 2024. Fuite progressive constatée à 14 mois, perte de 3 cm/jour. L'expertise révèle un défaut majeur de l'étanchéité par membrane PVC mal soudée, aggravé par des reprises en béton non conformes au DTU 39.

  • Travaux retenus : vidange, dépose totale de la membrane, reprise des reprises béton, pose d'une nouvelle membrane armée 150/100, remise en eau et traitement.
  • Coût total : 44 700 € TTC + 3 500 € de DIC (privation de jouissance saison estivale).
  • Délai : 14 mois (saisonnalité des travaux).
  • Responsabilité : 100 % pisciniste.
  • Franchise à charge du pisciniste : 5 000 € (franchise majorée piscine).

Ces trois cas illustrent une réalité simple : le coût d'un sinistre décennale dépasse largement plusieurs années de cotisation. Une décennale bien dimensionnée et adaptée à chaque activité reste l'investissement le plus rentable d'une entreprise du bâtiment. Pour comprendre comment se calcule la prime, consultez notre guide complet de la garantie décennale.

Recours en cas de refus de l'assureur

Trois situations courantes débouchent sur un refus : la garantie ne couvre pas l'activité réellement exercée (ex. couvreur avec attestation "couverture-zinguerie" qui a posé du photovoltaïque), le sinistre est antérieur à la prise d'effet du contrat, ou la déclaration est tardive (hors 5 jours sans justification valable).

1. La réclamation amiable

Première étape obligatoire : adressez une lettre recommandée avec AR au service réclamation de l'assureur, en exposant votre désaccord et en joignant les pièces. La réponse doit intervenir sous 30 jours (délai allongé à 2 mois pour les dossiers techniques).

2. La médiation de l'assurance

Si la réclamation n'aboutit pas, saisissez gratuitement La Médiation de l'Assurance (mediation-assurance.org). L'avis du médiateur est rendu sous 90 jours, il n'est pas contraignant mais l'assureur le suit dans 80 % des cas. Procédure préalable utile avant tout contentieux.

3. Le BCT (Bureau Central de Tarification)

Si l'assureur refuse de souscrire ou de couvrir un risque obligatoire (cas typique : artisan qui ne trouve aucune décennale après plusieurs sinistres), le BCT peut imposer la souscription à l'assureur de votre choix, en fixant la prime. Saisine par lettre recommandée avec dossier complet, gratuite. C'est un recours méconnu mais redoutablement efficace.

4. Le contentieux civil

En dernier recours, le Tribunal Judiciaire (TJ) du lieu de l'ouvrage est compétent. Représentation par avocat obligatoire au-dessus de 10 000 €. Le juge ordonne quasi systématiquement une expertise judiciaire (12 à 24 mois de procédure), puis statue sur la base du rapport. Frais d'avocat 5 000 à 15 000 € en moyenne, partiellement récupérables si vous gagnez (art. 700 CPC).

Attention prescription : l'action contre l'assureur est prescrite par 2 ans (art. L114-1 Code des assurances). Toute lettre recommandée interrompt la prescription. Ne laissez jamais traîner un dossier au-delà d'un an sans relance écrite.

Questions fréquentes

Qui paye les réparations en attendant la décision finale ?
C'est la Dommage-Ouvrage (DO) souscrite par le maître d'ouvrage qui préfinance les travaux, sans attendre que les responsabilités soient établies. Elle dispose de 60 jours pour notifier sa position, puis 90 jours pour faire une offre d'indemnisation après acceptation. La DO se retourne ensuite contre la décennale du constructeur fautif (subrogation).
Sinistre apparent à la réception ou défaut caché : quelle différence ?
Les désordres apparents doivent être consignés dans le PV de réception (réserves) — ils relèvent alors de la garantie de parfait achèvement (1 an), pas de la décennale. Les désordres cachés qui apparaissent après la réception et compromettent la solidité ou rendent l'ouvrage impropre à sa destination relèvent de la décennale (art. 1792 du Code civil), pendant 10 ans à compter de la réception.
L'expertise contradictoire est-elle obligatoire ?
Non, mais elle est fortement recommandée. L'assureur DO mandate un expert qui établit son rapport unilatéralement. Si vous (ou votre assureur décennale) contestez ses conclusions, vous pouvez désigner votre propre expert. En cas de désaccord persistant, un troisième expert dirimant peut être nommé, ou le tribunal peut ordonner une expertise judiciaire.
Au bout de combien de temps le sinistre est-il prescrit ?
Deux délais coexistent. La garantie décennale court 10 ans à compter de la réception (art. 1792-4-1). Mais l'action contre l'assureur est prescrite par 2 ans à compter du sinistre (art. L114-1 Code des assurances) — d'où l'importance de déclarer dans les 5 jours et d'interrompre la prescription par lettre recommandée.
L'assureur peut-il me demander un retour de prime après un sinistre ?
Non. Une franchise peut s'appliquer (généralement entre 0 et 10 % du sinistre, plafonnée), mais l'assureur ne récupère pas de prime auprès du constructeur. En revanche, à l'échéance suivante, il peut majorer la cotisation, voire résilier le contrat (loi Hamon : préavis 2 mois, contestation possible).
Que faire si le constructeur a disparu ou fait faillite ?
Le sinistre reste couvert. La décennale est attachée à l'ouvrage, pas à l'entreprise : elle continue de produire ses effets pendant 10 ans même si le constructeur a cessé son activité ou disparu. Le maître d'ouvrage actionne directement la DO, qui se retournera contre l'assureur décennale du constructeur (toujours identifiable via l'attestation remise au début du chantier).
Puis-je être assigné même si je ne suis pas responsable ?
Oui. L'article 1792 instaure une présomption de responsabilité solidaire : tout intervenant à l'acte de construire (entreprise, sous-traitant, BET, MOE) peut être assigné. C'est ensuite à l'expertise de répartir les responsabilités. D'où la nécessité absolue d'avoir une décennale en cours de validité — et de conserver tous les documents techniques (DOE, plans d'exécution, comptes-rendus) au minimum 10 ans.

Un sinistre décennale est rarement un événement isolé : il révèle souvent une faille dans le contrat ou une activité mal déclarée. Profitez-en pour comparer une nouvelle décennale adaptée à votre activité réelle en 2026, et pour vérifier que votre attestation annuelle couvre bien l'intégralité des travaux que vous facturez.